2026

Patrimoine · Autre

Anciennes écoles et mairie

Saint-Mathieu et Tréviers : trois siècles d’école… et une mairie qui a longtemps fait débat

De la première école du XVIIe siècle au groupe scolaire Agnès-Gély, l’histoire de l’enseignement à Saint-Mathieu-de-Tréviers est aussi celle de deux villages qui ont longtemps défendu leur place dans la commune. Au XIXe siècle, le choix de l’emplacement de la mairie-école déclenche même une véritable querelle entre Saint-Mathieu et Tréviers.

Pendant près de trois siècles, l’histoire de l’école à Saint-Mathieu-de-Tréviers s’est écrite dans deux villages. Deux lieux de vie, deux écoles, des générations d’enfants et des instituteurs dont certains ont laissé leur nom dans la mémoire collective.

Mais derrière les salles de classe et les souvenirs d’écoliers se cache aussi une histoire moins connue : celle d’une rivalité entre les deux villages pour accueillir la mairie et l’école communales.

Au XVIIe siècle, l’école sous l’autorité de l’Église

L’école est déjà une préoccupation des habitants au XVIIe siècle. À cette époque, l’enseignement reste étroitement lié à l’Église, qui intervient notamment dans l’approbation des maîtres.

Le 12 septembre 1675, des habitants adressent une pétition au vicaire général de Montpellier pour se plaindre de leur maître d’école, un certain Péchière. Ils lui reprochent ses absences répétées, le peu de progrès des enfants et son mauvais comportement.

Onze ans plus tard, le 14 novembre 1686, Jean Chavan est agréé comme régent. Il est présenté comme un homme expérimenté, capable et diligent, apprécié des parents. Entre 1702 et 1735, François Combettes occupe à son tour la fonction de maître d’école.

Mais les relations entre les habitants et les enseignants ne sont pas toujours sereines. Le 10 septembre 1769, une nouvelle plainte est déposée contre un maître dont le nom n’est pas précisé. Les habitants lui reprochent de ne presque jamais faire classe et de ne garder les enfants qu’une heure environ, au lieu des trois heures prévues. Ils lui reprochent également d’exercer le métier de boucher en parallèle. La communauté demande alors à l’évêque de le remplacer.

Ces témoignages, vieux de plusieurs siècles, donnent un aperçu concret des préoccupations des familles concernant l’instruction de leurs enfants.

Deux villages, deux écoles… et une mairie-école qui divise

En 1857, Martin Prunet, ancien élève de l’École normale, devient le premier instituteur nommé par le préfet. Mais quelques années auparavant, une question avait déjà animé la commune : où construire la mairie-école ? À Saint-Mathieu, le village du haut, ou à Tréviers, dans la partie basse ?

Le 27 février 1851, le maire reçoit une lettre du préfet qui ne laisse guère de place à la discussion : la mairie-école devra être construite à Tréviers, près de la route départementale, l’actuelle D17. Le terrain est même désigné et le maire est mis en demeure d’engager les démarches.

La décision provoque la colère du conseil municipal. Le maire rappelle que tout avait pourtant été préparé pour construire à Saint-Mathieu : visite du terrain, plans, devis, financement et recherche d’entrepreneurs. Il ne comprend pas que le préfet revienne sur des autorisations écrites et sur les délibérations prises depuis deux ans.

Les élus de Saint-Mathieu avancent notamment un argument démographique : au cours des cinq années précédentes, leur village aurait gagné 34 habitants, contre seulement 9 pour Tréviers.

Ils dénoncent aussi l’influence de « quelques riches propriétaires » du hameau de Tréviers, qui auraient proposé de financer une partie de la construction à condition que le bâtiment soit édifié dans la partie basse de la commune.

La réponse des habitants de Saint-Mathieu ne se fait pas attendre : ils organisent spontanément une souscription volontaire, annoncée comme largement suffisante pour financer la mairie-école dans leur village, sans aide de la commune, du Département ou de l’État.

Le conseil municipal refuse donc de céder. Il estime qu'installer l'école au bord de la route départementale, loin de la majorité des habitants, serait particulièrement pénalisant en hiver. Il évoque aussi le danger du passage des charrettes et des voitures, ainsi que le voisinage de trois auberges, jugé peu approprié à proximité d'une école.

Sept ans plus tard, le 23 mai 1858, le sujet revient sur la table. Le conseil municipal vote une imposition extraordinaire pour financer la construction de la mairie-école à Saint-Mathieu. Mais le conseiller Joseph Cancel rappelle la décision prise par les autorités en 1851 : le bâtiment devait être construit à Tréviers.

Le maire Vincent s'agace de voir ressurgir une question qu'il estime oubliée et qui risque, selon lui, de raviver les rivalités. Il avance alors un argument très concret : sur les 28 élèves concernés, seuls 6 viennent de Tréviers. Les 22 autres sont originaires de Saint-Mathieu. Il serait donc absurde, selon lui, de leur imposer près de huit kilomètres de trajet quotidien.

L'affaire est loin d'être terminée. Plus de vingt ans s'écouleront avant que le sujet ne soit à nouveau abordé. Entre-temps, les motifs de désaccord ne manqueront pas. En 1869, les habitants de Saint-Mathieu réclament notamment la création d'un cimetière dans leur village : ils ne veulent plus devoir aller enterrer leurs morts au cimetière de Pourols, à Tréviers !

Derrière ces débats administratifs, c'est bien la place de chaque village dans la commune qui se joue.

De Saint-Mathieu à Tréviers : l'évolution des écoles

Les chiffres de 1858 témoignent de la différence entre les deux villages : Tréviers compte 161 habitants et 9 élèves, tandis que Saint-Mathieu, avec 274 habitants, accueille 37 élèves, dont 28 garçons et 9 filles. En 1859, un autre relevé fait état de 28 élèves, parmi lesquels 22 viennent de Saint-Mathieu et 6 de Tréviers.

L'enseignement des filles se développe également. En 1875, une école de filles fonctionne dans la maison de Jean-Jacques Justin.

À partir de 1884, la commune dispose de deux classes mixtes, une dans chaque village. À Saint-Mathieu, une mairie-école est construite. Le bâtiment, qui deviendra plus tard le Foyer de Saintignon, accueille deux classes. À Tréviers, l'école est installée dans une maison isolée, à proximité de l'actuel secteur des transports Jaoul. À Saint-Mathieu, la cour et le préau couvert sont aménagés en 1885.

À la fin du XIXe siècle, la commune évolue. Une grande partie de la population se concentre désormais près de la nouvelle route, l'actuelle D17, plus rectiligne et pratique, qui attire artisans et commerçants. Le centre de vie se déplace progressivement vers Tréviers.

Une mairie-école ouvre finalement à Tréviers en 1900. Le bâtiment est construit en retrait de neuf mètres par rapport à la route, réservant un espace qui devient la place publique du village. Une fontaine ornée d'une Statue de la Liberté y est installée.

Par la suite, une cour avec des toilettes est aménagée derrière le bâtiment. Un autre bâtiment accueille une salle de classe au rez-de-chaussée et une cantine à l'étage.

À proximité se trouve la forge de Cancel, l'un des bâtiments les plus anciens du secteur, qui accueillera plus tard les abattoirs. Sur la partie surélevée à l'angle de la D17 et de la rue des Écoles se trouvait autrefois le poids public, où l'on venait peser les marchandises.

En 1910, une deuxième classe est créée à Tréviers, au début de la rue des Écoles. Les deux classes sont reliées par une cour avec deux préaux. L'enseignante chargée de cette nouvelle classe arrive deux ans plus tard : Madame Bonnet.

La vie à l'école au début du XXe siècle

À cette époque, la rentrée scolaire a lieu au mois d'octobre. Les enfants portent souvent des blouses noires et viennent parfois de loin, à pied. Dans les familles agricoles, ils participent aux travaux des champs et peuvent être retenus à la maison pendant les vendanges ou les récoltes.

Les instituteurs ne se limitent pas à transmettre les savoirs fondamentaux. Ils enseignent aussi la propreté, les règles d'hygiène, les bonnes manières et la morale. Les médecins donnent également des conseils aux parents sur l'hygiène et les vêtements des enfants.

Pour obtenir le certificat d'études, les élèves doivent se rendre aux Matelles, à pied ou en charrette. Les épreuves écrites ont lieu le matin, les épreuves orales l'après-midi, et les résultats sont annoncés vers 16 heures.

« Taratata », une institutrice dont les élèves se souviennent encore

Les souvenirs d'anciens élèves donnent parfois une image plus vivante de l'école que les documents officiels.

En 1926-1927, une institutrice enseigne dans la classe du haut à Saint-Mathieu. Son véritable nom n'est pas indiqué dans le témoignage, mais les enfants l'ont surnommée « Taratata ».

Les anecdotes rapportées à son sujet ne manquent pas de saveur. Elle aurait notamment pris son petit-déjeuner en classe pendant que les élèves travaillaient sur des exercices ou des casse-têtes. L'un d'eux avait même pour mission de l'éventer afin de chasser les mouches autour d'elle !

L'hiver, le chauffage était loin d'être confortable. Et les élèves, parfois malicieux, n'hésitaient pas à jouer des tours à leur institutrice. Un jour, ils auraient ainsi ajouté de la cendre ou de la poussière de charbon dans sa soupe de pois cassés.

Parmi les institutrices et instituteurs dont les noms ont été conservés figurent notamment Agnès Gély, Anne-Marie Combettes, Marie-Jeanne Pradeilles, Aurélie Bonnel, Lucienne Bonnet, ainsi que le couple formé par Jean et Gilberte Rigail. Aurélie Bonnel assurait également le secrétariat de mairie tout en enseignant à l'école maternelle.

Le nom d'Agnès Gély sera finalement donné au groupe scolaire qui accueillera les enfants de la commune à partir des années 1970.

À partir de 1967, les effectifs augmentent

Avec le développement de la commune, les besoins scolaires évoluent. Les écoles doivent accueillir toujours plus d'enfants, y compris ceux des villages voisins.

En 1967, l'école de Tréviers reçoit des élèves de Fontanès et de Saint-Jean-de-Cuculles. Une cantine est mise en place dans un logement situé à l'étage de la classe construite en 1910. Madame Douarche y prépare jusqu'à 70 repas par jour, dans des conditions assez exiguës.

En 1969, une troisième classe est créée à Tréviers. Elle est installée dans la salle du conseil municipal, à l'étage du bâtiment qui accueille aujourd'hui le Crédit Agricole.

En 1970, les deux écoles de Saint-Mathieu et de Tréviers sont réunies. Quatre classes sont alors installées à Tréviers et un service de ramassage scolaire est mis en place.

En 1971, l'arrivée des enfants de Sainte-Croix-de-Quintillargues entraîne l'ouverture d'une cinquième classe. Puis, en 1972, ceux du Triadou rejoignent à leur tour les effectifs.

La construction d'un nouveau groupe scolaire devient indispensable. Une première tranche de travaux prévoit deux classes maternelles et un restaurant scolaire.

1973 : une nouvelle école, mais un déménagement mouvementé

Le 20 octobre 1973, les classes déménagent enfin dans le nouveau groupe scolaire Agnès-Gély.

Mais le bâtiment n'est pas encore entièrement terminé. Certaines classes prennent place au Foyer rural, aujourd'hui Le Galion, d'autres dans la future salle de restauration ou dans des bâtiments préfabriqués.

Ces préfabriqués, qui devaient être temporaires, resteront finalement en place pendant plus de quarante ans !

De la petite école du XVIIe siècle aux classes du groupe scolaire Agnès-Gély, près de trois siècles d'histoire racontent les transformations de Saint-Mathieu et de Tréviers. Les bâtiments ont changé, les méthodes d'enseignement aussi. Mais les souvenirs restent : une maîtresse surnommée Taratata, les trajets à pied vers Les Matelles, les récréations sous les préaux et les repas préparés par Madame Douarche.

Autant de petits fragments de mémoire qui racontent l'histoire de l'école et, à travers elle, celle de toute une commune.

Sources : Alain Gibaud, divers

Mémoire du village

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Proposé par Carine S.Validé le 3 novembre 2026