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Ancienne Poste — aujourd'hui
Le Comptoir des Demoiselle

Patrimoine · Bâtiment ancien

Ancienne Poste

Actuellement Le Comptoir des Demoiselles

Quand le village était au bout du fil

Il est bien loin, le temps du fameux « 22 à Asnières ! », immortalisé par le sketch de Fernand Raynaud. Et pourtant, bien avant que le téléphone ne tienne dans une poche et que quelques chiffres suffisent à joindre quelqu’un à l’autre bout du monde, la Poste était déjà un lieu essentiel de la vie du village.

À Saint-Mathieu-de-Tréviers, le bureau de poste est inauguré le 1er mai 1900, au bord de la D17, sur l’actuelle avenue Louis Cancel. Il remplace celui qui se trouvait jusque-là à Saint-Mathieu, le « village du haut ». À l’époque, la Poste ne se contente pas de distribuer le courrier : elle assure également le service du télégramme, précieux moyen de communication lorsque quelques mots doivent parvenir rapidement à destination.

Le bureau est alors bien davantage qu'un simple endroit où l'on vient chercher une lettre. Il est un véritable trait d'union entre les habitants, les familles, les commerçants et le monde extérieur.

Puis arrive le téléphone.

Léon et Léontine, au cœur du village

En 1932, Léon Bressac et sa jeune épouse Léontine prennent leurs fonctions au bureau tréviésois. Leur quotidien illustre parfaitement ce qu'était alors le service postal dans un village.

Le matin, Léon enfile sa casquette de facteur et part à pied pour sa tournée. Il distribue le courrier dans les rues et les chemins de la commune. L'après-midi, il devient receveur et accueille les habitants au bureau.

Et pendant ce temps, Léontine veille sur le téléphone et les télégrammes.

Car à cette époque, téléphoner n'a rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd'hui. Pas de numéro composé directement sur un écran : un magnifique meuble de téléphonie, équipé d'une cinquantaine de directions, trône dans les locaux.

Lorsqu'un habitant souhaite appeler quelqu'un, il commence par décrocher son appareil et tourner une petite manivelle. Cette simple action déclenche un mécanisme : un petit volet s'abaisse sur le grand tableau téléphonique et une sonnerie retentit.

C'est Léontine qui décroche.

Il faut alors lui donner le nom de la personne que l'on souhaite joindre. Elle repère la bonne fiche, la branche dans la prise correspondante et établit la communication.

Le numéro 1 est attribué au docteur Arnal.

« Je vous le passe », peut alors répondre Léontine, avant de connecter la fiche au bon endroit.

Et il faut patienter.

Parfois quelques instants, parfois davantage. Mais, dans ce petit monde où chacun connaît chacun, l'attente se fait avec patience et courtoisie.

Le téléphone est alors une véritable affaire de famille. Les Bressac — père, mère, puis plus tard leur fils — sont soumis à une astreinte permanente, 24 heures sur 24. Le téléphone peut sonner à n'importe quelle heure. Une urgence médicale ? Un appel important ? Une communication à établir ? Il faut être là.

La seule véritable parenthèse accordée à la famille est le dimanche : ils peuvent s'absenter pour aller se promener, de 11 heures à 19 heures.

Un bureau de poste… et presque une banque

Le téléphone n'est d'ailleurs qu'une partie des activités du bureau.

Équipé d'un coffre-fort, le bureau de poste joue également un rôle bancaire. Les commerçants et les habitants peuvent y déposer de l'argent, et les fins de journée peuvent prendre une tournure assez particulière.

Christian Bressac, qui succède à son père en 1956, aimait raconter avec l'humour et la faconde qui le caractérisaient l'ambiance de ces soirées.

Les commerçants arrivaient parfois cinq minutes avant la fermeture, avec la recette de leur journée.

Et les conditions de sécurité feraient certainement sourire aujourd'hui.

La salle n'était pas sécurisée comme nos agences bancaires modernes. Une fenêtre, dépourvue de grille, se trouvait dans les locaux. À droite, le coffre-fort attendait les liquidités déposées par les commerçants.

Et pourtant, malgré les sommes parfois importantes qui transitaient par le bureau, jamais le moindre hold-up ne fut à déplorer.

Une autre époque, décidément.

Quand la Poste devient le centre des communications

Au fil des décennies, le petit bureau prend de l'importance.

À partir des années 1930, le téléphone vient compléter le courrier et le télégramme. Une cinquantaine de lignes sont progressivement desservies, principalement au bénéfice des artisans, des commerçants et des grands propriétaires de la commune.

La Poste devient ainsi un véritable carrefour de communication : on y apporte une lettre, on y reçoit un télégramme, on y passe un coup de téléphone… et parfois on y dépose aussi la recette de la journée.

Dans les années 1960, le bureau franchit encore une étape et devient un « centre de distribution motorisé ». Son activité dépasse alors largement les limites de Saint-Mathieu-de-Tréviers : le courrier de dix-huit communes y est traité.

Le petit bureau du village est devenu un maillon important du réseau postal local.

De la D17 au Carré

Mais le temps passe et les besoins changent.

En 1981, les locaux historiques sont devenus trop exigus. La Poste quitte alors son bâtiment d'origine et s'installe dans les locaux de la nouvelle mairie, poursuivant sa mission au cœur du village.

Puis, en 2019, une nouvelle page s'écrit : la Poste déménage une nouvelle fois et rejoint l'ensemble Le Carré, dans des locaux neufs et adaptés aux usages contemporains.

En un peu plus d'un siècle, le téléphone à manivelle a laissé place au smartphone, les télégrammes ont disparu et les tournées à pied ont fait place à la distribution motorisée.

Mais une chose demeure : depuis 1900, la Poste accompagne la vie de Saint-Mathieu-de-Tréviers.

Elle a vu passer les générations, les lettres d'amour et les nouvelles importantes, les recettes des commerçants, les appels urgents et les conversations du quotidien.

Avant d'être un bâtiment, la Poste était surtout un lieu de passage, de rencontre et de lien.

Et pendant longtemps, pour joindre quelqu'un à Saint-Mathieu-de-Tréviers, il suffisait encore de tourner une petite manivelle… puis d'attendre que Léontine vous réponde.

La Poste
La Poste — Photo : Les éditions de Sud-Est, Yvan Tavernèse (éditeur).

Mémoire du village

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Proposé par Carine S.Validé le 21 septembre 2026