2026

Patrimoine · Autre

La Fabrerie et le pont Mercier

La Fabrerie, au fil du Terrieu, un quartier au cœur de l'histoire de Tréviers

Avec ses maisons anciennes, son pont, ses commerces d'autrefois et son ruisseau parfois tumultueux, la Fabrerie est l'un des quartiers qui fait figure de noyau de l'histoire de Tréviers jusqu'en 1900. Ici, les pierres ont traversé les siècles, les crues ont marqué les mémoires et les lieux de vie ont changé de vocation sans jamais perdre leur âme. Ses maisons anciennes, certaines vieilles de plusieurs siècles, témoignent encore de cette histoire qui s'est construite au fil des générations, au bord du Terrieu.

Car ici, l'eau a toujours fait partie du paysage, pour le meilleur comme pour le pire. En apparence paisible, le Terrieu peut se transformer en quelques heures en un torrent impétueux lorsque les orages gonflent ses eaux. Il quitte alors violemment son lit et envahit les rues et les habitations riveraines. Les habitants ont longtemps vécu au rythme de ses débordements, dont certains ont laissé des souvenirs particulièrement marquants. La crue de 1933 reste notamment gravée dans la mémoire locale comme l'une des plus dévastatrices.

Le pont Mercier, témoin de la vie du quartier

Au cœur de cette vie de quartier, le pont Mercier occupe une place particulière. Historiquement, il doit son nom à la famille Mercier, qui tenait autrefois le Café-Restaurant du Pont, à proximité.

À partir de l'entre-deux-guerres, cet établissement devient un lieu incontournable de la vie tréviésoise. On y vient pour l'apéritif, on s'y retrouve pour les réveillons et l'on y célèbre les grands moments de la vie, notamment les banquets de noces. Toute l'année, les occasions de se retrouver se succèdent. Le café-restaurant est alors bien plus qu'un commerce : c'est un véritable lieu de convivialité, où se croisent les habitants et où se tissent les liens du village.

Le Terrieu, lui, poursuit son chemin sous le pont, parfois sage, parfois redoutable. Plus bas, le Clarensac participe également à la vie quotidienne d'autrefois. C'est dans ce cours d'eau que les lavandières venaient battre leur linge, les genoux calés dans des caisses en bois. Ces rendez-vous au bord de l'eau étaient aussi des moments d'échange et de sociabilité. À force de se retrouver, les femmes avaient noué des liens solides, presque familiaux.

La petite épicerie d'Emma, une mémoire encore vivante

Dans ce même quartier, rue de la Grenouille, se trouvait autrefois une petite épicerie qui a longtemps fait partie du quotidien des habitants : celle d'Emma Mialhe.

L'histoire commence avec sa mère, Madame Mialhe, devenue veuve très tôt, qui tenait le commerce au rez-de-chaussée de sa maison. Fille dévouée, Emma lui succédera et consacrera une grande partie de sa vie à cette épicerie, sans avoir véritablement connu d'autres horizons.

Toujours vêtue de noir, portant le deuil d'un père qu'elle avait peu connu, elle accueillait ses clientes avec gentillesse. On venait bien sûr y faire ses emplettes, mais aussi prendre des nouvelles et échanger quelques confidences. Car dans les petits commerces d'autrefois, le lien social faisait presque autant partie des achats que les marchandises elles-mêmes.

Dès le pas de la porte franchi, les odeurs se mêlaient : eau de Javel, térébenthine, savon et huile d'olive vendue à la pompe, sans oublier cette humidité persistante laissée par les débordements du Terrieu.

Dans les sacs de toile de jute, on trouvait sucre, café, lentilles, pois chiches et riz, vendus au poids. S'y ajoutaient les allumettes, la lessive, les bougies et bien d'autres produits indispensables à la maison. Les enfants sages, eux, espéraient repartir avec quelques bonbons en récompense.

La proximité du Terrieu imposait toutefois quelques précautions. Lors des fortes pluies, Emma devait parfois mettre ses provisions à l'abri, les emportant dans sa chambre à l'étage avec l'aide de voisins solidaires. Une scène qui en dit long sur la vie quotidienne dans ce quartier, où l'entraide était aussi précieuse que nécessaire.

Une maison qui continue de faire vivre le quartier

Les années ont passé, l'épicerie a fermé et Emma Mialhe a disparu. Mais son histoire ne s'est pas arrêtée là. À sa mort, elle a choisi de léguer sa maison à la commune. Un geste généreux qui allait donner à cette demeure une seconde vie.

La municipalité l'a transformée en résidence d'artistes, baptisée tout naturellement « La Maison d'Emma ». Aujourd'hui, des artistes venus du monde entier y séjournent pour créer et partager leur univers.

Ainsi, dans cette maison où l'on venait autrefois acheter quelques poignées de riz, du café ou du sucre, se croisent désormais des cultures, des sensibilités et des pratiques artistiques venues d'ailleurs.

La Fabrerie a changé, comme tous les quartiers au fil du temps. Les commerces d'autrefois ne sont plus là, les lavandières ont déserté les rives du Clarensac et le Café-Restaurant du Pont appartient aux souvenirs. Mais les vieilles pierres sont toujours debout, le Terrieu continue de couler et certains lieux ont trouvé une nouvelle vocation.

C'est peut-être cela, finalement, la richesse de la Fabrerie : un quartier où l'histoire ne se lit pas seulement dans les archives, mais se découvre au détour d'une rue, sur les berges d'un ruisseau ou derrière la façade d'une maison qui, comme celle d'Emma, continue d'accueillir la vie.

Mémoire du village

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Proposé par Carine S.Validé le 3 novembre 2026